Le blog de Jean-Marie Renoir

Nouvelles locales vallée Doller-Soultzbach (68). Indianisme. Souvenirs d'enfance. Théâtre. Voyages.

25 juin 2009

Que sont devenues les scieries de la Vallée de la Doller?

IMG_1169a

La famille Phan fait tourner la dernière scierie de la vallée de la Doller.



La région boisée du piémont des Vosges du Sud a connu une belle activité de sciage du bois pendant plusieurs siècles. Malheureusement, cet artisanat , souvent familial, est en train de mourir, puisqu'on dénombrait pas moins de 5 fermetures de scieries , fin 2008 dans la région. La faute en revient à des facteurs essentiellement économiques: la crise, bien-sûr, mais avant cela, les nouvelles normes, la concurrence des pays de l'Est et de l'Allemagne, où les taxes et les cours sont plus bas, et la main d'oeuvre moins chère. Même l'engouement de ces dernières années pour la construction bois, n'a pas apporté de vrais débouchés, en partie à cause de la concurrence des bois exotiques, et la tempête Klaus dans le Sud-Ouest en janvier dernier, n'a pas arrangé les choses.

scierie_1a

                  Scierie en 1900: la taille du tas de bois donne une idée de l'importance de la scierie.

Plus de trois siècles de prospérité.

Il y a encore moins de cinquante ans, chaque village de la région comptait une  scierie, voire deux . Les archives notariales font mentions des premières scieries artisanales dès le 17ème siècle. Jusqu'à la fin du 18ème, elles appartenaient le plus souvent à plusieurs propriétaires, qui se partageaient leur exploitation. Au 19ème siècle, certains propriétaires ont racheté les parts des autres, ou de nouveaux propriétaires ont repris les scieries entières. Ces petits industriels se donnaient le titre de «  marchands de bois » parce qu'ils contrôlaient la filière du début à la fin, de l'exploitation en forêt jusqu'au négoce. A l'époque du développement industriel, la forêt , privée à 60%, pourvoyait en bois les charbonniers qui fournissaient les fonderies: elle a failli être décimée, et son exploitation a dû être réglementée. Par ailleurs,  l'eau des rivières devait faire tourner les tissages, les moulins, et les scieries: là aussi, il a fallu réglementer, les entreprises situées en amont utilisant toute l'eau, au détriment des communes de la basse vallée. L'âge d'or des scieries s'est éteint avec l'avènement des nouveaux matériaux de construction, et des nouvelles sources d'énergies. Les dernières survivent tant bien que mal...

scierie_2a

La scierie de Joseph Gebel, entraînée par la locomobile, pendant la guerre de 39-45.

La dernière des scieries de la Doller, celle de Roger Phan.

Dans la vallée de la Doller, l'avant- dernière scierie , celle de Daniel Bauer à Rimbach, a fermé fin 2003, après avoir été reprise de Bernard Studer en 98. La rescapée de cette hécatombe est la scierie Phan de Dolleren. A la fin du 19ème siècle, elle était la propriété de Victor Ehret, puis de son fils Louis, qui exploitait également une boulangerie-épicerie-restaurant ( photo). Pour faire tourner les machines, il avait fait installer une locomobile, qui est aujourd'hui exposée à l'écomusée de Haute Alsace.  Pendant la guerre de 14/18, la scierie a été réquisitionnée par l'armée française, pour fournir la défense nationale ( La vallée était restée à la France).

Joseph Gebel a racheté l'entreprise en 1919, et l'a modernisée. En patron avisé , il a su faire prospérer l'affaire qui employait jusqu'à 12 ouvriers. Son fils Xavier lui a succédé en 1955, mais a connu le déclin de l'entreprise, jusqu'à sa fermeture en 1983.

Roger Phan et son épouse Danielle, tous deux formés dans la restauration, ont tenté l'aventure en 1985, en reprenant en location la scierie du couple Xavier Gebel, qu'ils ont rachetée deux ans plus tard. «  Les débuts ont été difficiles, se souvient Roger. Nous n'étions pas du métier, et vivre à deux sur une vieille scierie nécessitait des investissements. Nous avons toujours essayé de faire autrement que les anciens, en cherchant à innover, à diversifier,  en restant flexibles, ... »

Ils ont donc modernisé en changeant d'équipement trois fois en 25 ans, passant à l'informatique pour réduire le temps de travail, et en  traitant 14 essences de bois, pour ne pas se cantonner aux résineux. Ils ont également entrepris une démarche environnementale de développement durable et de respect de la nature en utilisant 70% de bois local dans leur entreprise. « Nous avons remarqué à la dernière foire éco-bio de Colmar le mois dernier, précise Roger, que les clients commencent à exiger des bois abattus dans la région. C'est une bonne chose, mais cela ne suffit pas. Pour tenir, nous avons dû diversifier nos activités pour compenser la perte d'activité du sciage traditionnel... »Ainsi le négoce de bois en grume destiné à la tonnellerie et au tranchage atteint aujourd'hui 60 % de l'activité et la scierie transforme les lames de terrasse, colombages, structures, plots pour la menuiserie, etc..... Ce métier complexe exige une remise en question quotidienne, où rien n'est acquis d'avance. Sans compter qu'on demande aux petites entreprises autant qu'aux grandes. Pour assurer ce dur métier , il faut être d'attaque 9 à 10 heures par jour, et 7 jours sur 7 en hiver.

IMG_1253a

Roger Phan est à ses machines 9 à 10 heures par jour.


« En tant que dirigeant d'entreprise, continue Roger, les 35 heures ne me concernent pas. Cela représente quand'même 4 heures de moins à salaire égal. J'ai bien essayé d'embaucher un salarié pendant dix ans, mais cela signifie une diminution de productivité, tout en maintenant un salaire correct pour la personne embauchée. Nous sommes des autogestionnaires: s'il y a surcharge de travail, c'est le patron qui l'assume... ».

Le couple déplore qu'il y ait si peu de place pour les petites entreprises dans le tissu économique local, ajouté  à l'abandon de l'apprentissage des jeunes. De plus, la gestion comptable est assurée complètement par Danielle, qui a appris sur le tas. « C'est un travail très prenant, même s'il est contrôlé par un comptable et un juriste. Et les premières années, j'assurais aussi mon poste aux machines! La place des conjointes en artisanat est très importante, affirme-t-elle, mais peu reconnue... ».

IMG_1255a

Roger Phan fait tourner la scierie depuis son pupitre informatique.

 

Après 25 ans de travail acharné, le couple se pose parfois la question de l'avenir de leur entreprise. Le déficit de la filière bois, estimé à 6,3 milliards d'Euros, bien que stabilisé en 2008, aggrave encore la situation d'une filière déjà en difficulté. Et pourtant, leur fils Gaetan après les écoles du bois de Mouchard et de Chateaufarine, a obtenu un BTS en industrie et commerce du bois. Il travaille avec ses parents depuis 2002. Et son frère Gauthier suit les cours de l'école du bois de Saulxures sur Moselotte. Il suffit peut-être d'y croire?

Scierie PHAN à Dolleren

Renseignements 03 89 82 97 18

info@scierie-phan.fr ou www.scierie-phan.fr

Jean-Marie Renoir  15 06 2009

            




            

 

Posté par ours68 à 15:29 - Vallée Doller et Soultzbach. - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

B

Bon reportage! jaime bien.

Posté par Martial, 01 juillet 2009 à 11:28

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=346344&pid=14203296

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :