25 juin 2009
Que sont devenues les scieries de la Vallée de la Doller?

La famille Phan fait tourner la dernière scierie de la vallée de la Doller.
La région boisée du piémont des Vosges du Sud a connu une belle activité de sciage du bois pendant plusieurs siècles. Malheureusement, cet artisanat , souvent familial, est en train de mourir, puisqu'on dénombrait pas moins de 5 fermetures de scieries , fin 2008 dans la région. La faute en revient à des facteurs essentiellement économiques: la crise, bien-sûr, mais avant cela, les nouvelles normes, la concurrence des pays de l'Est et de l'Allemagne, où les taxes et les cours sont plus bas, et la main d'oeuvre moins chère. Même l'engouement de ces dernières années pour la construction bois, n'a pas apporté de vrais débouchés, en partie à cause de la concurrence des bois exotiques, et la tempête Klaus dans le Sud-Ouest en janvier dernier, n'a pas arrangé les choses.

Scierie en 1900: la taille du tas de bois donne une idée de l'importance de la scierie.
Plus de trois siècles de prospérité.
Il y a encore moins de cinquante ans, chaque village de la région comptait une scierie, voire deux . Les archives notariales font mentions des premières scieries artisanales dès le 17ème siècle. Jusqu'à la fin du 18ème, elles appartenaient le plus souvent à plusieurs propriétaires, qui se partageaient leur exploitation. Au 19ème siècle, certains propriétaires ont racheté les parts des autres, ou de nouveaux propriétaires ont repris les scieries entières. Ces petits industriels se donnaient le titre de « marchands de bois » parce qu'ils contrôlaient la filière du début à la fin, de l'exploitation en forêt jusqu'au négoce. A l'époque du développement industriel, la forêt , privée à 60%, pourvoyait en bois les charbonniers qui fournissaient les fonderies: elle a failli être décimée, et son exploitation a dû être réglementée. Par ailleurs, l'eau des rivières devait faire tourner les tissages, les moulins, et les scieries: là aussi, il a fallu réglementer, les entreprises situées en amont utilisant toute l'eau, au détriment des communes de la basse vallée. L'âge d'or des scieries s'est éteint avec l'avènement des nouveaux matériaux de construction, et des nouvelles sources d'énergies. Les dernières survivent tant bien que mal...

La scierie de Joseph Gebel, entraînée par la locomobile, pendant la guerre de 39-45.
La dernière des scieries de la Doller, celle de Roger Phan.
Dans la vallée de la Doller, l'avant- dernière scierie , celle de Daniel Bauer à Rimbach, a fermé fin 2003, après avoir été reprise de Bernard Studer en 98. La rescapée de cette hécatombe est la scierie Phan de Dolleren. A la fin du 19ème siècle, elle était la propriété de Victor Ehret, puis de son fils Louis, qui exploitait également une boulangerie-épicerie-restaurant ( photo). Pour faire tourner les machines, il avait fait installer une locomobile, qui est aujourd'hui exposée à l'écomusée de Haute Alsace. Pendant la guerre de 14/18, la scierie a été réquisitionnée par l'armée française, pour fournir la défense nationale ( La vallée était restée à la France).
Joseph Gebel a racheté l'entreprise en 1919, et l'a modernisée. En patron avisé , il a su faire prospérer l'affaire qui employait jusqu'à 12 ouvriers. Son fils Xavier lui a succédé en 1955, mais a connu le déclin de l'entreprise, jusqu'à sa fermeture en 1983.
Roger Phan et son épouse Danielle, tous deux formés dans la restauration, ont tenté l'aventure en 1985, en reprenant en location la scierie du couple Xavier Gebel, qu'ils ont rachetée deux ans plus tard. « Les débuts ont été difficiles, se souvient Roger. Nous n'étions pas du métier, et vivre à deux sur une vieille scierie nécessitait des investissements. Nous avons toujours essayé de faire autrement que les anciens, en cherchant à innover, à diversifier, en restant flexibles, ... »
Ils ont donc modernisé en changeant
d'équipement trois fois en 25 ans, passant à l'informatique pour
réduire le temps de travail, et en traitant 14 essences de bois,
pour ne pas se cantonner aux résineux. Ils ont également entrepris
une démarche environnementale de développement durable et de
respect de la nature en utilisant 70% de bois local dans leur
entreprise. « Nous avons remarqué à la dernière foire
éco-bio de Colmar le mois dernier, précise Roger, que les
clients commencent à exiger des bois abattus dans la région. C'est
une bonne chose, mais cela ne suffit pas. Pour tenir, nous avons dû
diversifier nos activités pour compenser la perte d'activité du
sciage traditionnel... »Ainsi
le négoce de bois en grume destiné à la tonnellerie et au
tranchage atteint aujourd'hui 60 % de l'activité et la scierie
transforme les lames de terrasse, colombages, structures, plots pour
la menuiserie, etc..... Ce métier complexe exige une remise en
question quotidienne, où rien n'est acquis d'avance. Sans compter
qu'on demande aux petites entreprises autant qu'aux grandes. Pour
assurer ce dur métier , il faut être d'attaque 9 à 10 heures par
jour, et 7 jours sur 7 en hiver.

Roger Phan est à ses machines 9 à 10 heures par jour.
« En tant que dirigeant d'entreprise, continue Roger, les 35 heures ne me concernent pas. Cela représente quand'même 4 heures de moins à salaire égal. J'ai bien essayé d'embaucher un salarié pendant dix ans, mais cela signifie une diminution de productivité, tout en maintenant un salaire correct pour la personne embauchée. Nous sommes des autogestionnaires: s'il y a surcharge de travail, c'est le patron qui l'assume... ».
Le
couple déplore qu'il y ait si peu de place pour les petites
entreprises dans le tissu économique local, ajouté à l'abandon de
l'apprentissage des jeunes. De plus, la gestion comptable est assurée
complètement par Danielle, qui a appris sur le tas. « C'est
un travail très prenant, même s'il est contrôlé par un comptable
et un juriste. Et les premières années, j'assurais aussi mon poste
aux machines! La
place des conjointes en artisanat est très importante,
affirme-t-elle, mais peu reconnue... ».

Roger Phan fait tourner la scierie depuis son pupitre
informatique.
Après 25 ans de travail acharné, le couple se pose parfois la question de l'avenir de leur entreprise. Le déficit de la filière bois, estimé à 6,3 milliards d'Euros, bien que stabilisé en 2008, aggrave encore la situation d'une filière déjà en difficulté. Et pourtant, leur fils Gaetan après les écoles du bois de Mouchard et de Chateaufarine, a obtenu un BTS en industrie et commerce du bois. Il travaille avec ses parents depuis 2002. Et son frère Gauthier suit les cours de l'école du bois de Saulxures sur Moselotte. Il suffit peut-être d'y croire?
Scierie PHAN à Dolleren
Renseignements 03 89 82 97 18
info@scierie-phan.fr ou www.scierie-phan.fr
Jean-Marie Renoir 15 06 2009
Commentaires
B
Bon reportage! jaime bien.
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