12 000 km en 5 semaines, pour visiter une quarantaine de parcs et sites remarquables, dans 9 états:

Colorado, Wyoming, Nebraska, Sud Dakota, Montana, Idaho, Utah, Arizona, Nouveau Mexique, Colorado.

            Abréviations: NP ( parc national), NM ( monument national), SP( parc d'état).

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 Nous en parlions depuis 18 mois déjà, quand nous nous retrouvons à Roissy CDG le 1er septembre dernier. Fabienne et moi arrivons de Mulhouse en train, tandis que Simone et Georges débarquent du TGV de Marseille. Après une escale à Londres, suivie d'une dizaine d'heures dans un Boeing 777 de la British Airways, nous atterrissons à Denver Colorado ( alt.1600m). Peut-être pour ne pas être trop brutalement dépaysés , nous sommes guidés dans l'aéroport à la recherche de nos bagages, par un jeune ivoirien qui a vécu à Marseille! Notre première nuit d'hôtel est légèrement mouvementée, à cause du décalage horaire, et l'absence de nos valises...

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                                                     Devant le Colorado Historical Center, belle bête!

Notre première journée américaine est consacrée à la visite de Denver, dont le Capitole, le Colorado Historical Center, et le Denver Art Museum, qui contient une superbe collection de pièces amérindiennes originales, et une expo précolombienne, entre autres. Deux de nos valises arrivent de l'aéroport à 23h , mais Georges ne récupérera la sienne que le lendemain, et celle de Simone est introuvable...(elle la récupérera 12 jours plus tard). Nous sommes surpris de voir autant de seniors qui travaillent aux caisses des magasins, à l'accueil des administrations et cliniques, aux centres d'informations touristiques... Et beaucoup d'étrangers, asiatiques, mexicains, arabes, italiens, qui font des petits boulots souvent peu gratifiants, sans parler des Noirs et des Indiens...

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                                                         Denver Art Museum: la salle de la Colombie Britanique

-Le 3 septembre est consacré à la location d'une voiture, et la visite des environs, dont une virée à Colorado Springs, et Canyon Park, le plus haut pont au monde sur un canyon (disent-ils). La matinée du lendemain 4 septembre passe à quelques achats, avant de prendre la route vers le Nord : Fort Collins et Cheyenne. Nous quittons les plaines plates du nord Colorado, pour le paysage vallonné du Wyoming, où nous croisons les premiers troupeaux de bisons.

  -5 septembre: ça y est, après une nuit à Chugwater, où vécut Tom Horn, le voyage commence vraiment en suivant l'autoroute 25. On a du mal à réaliser qu'on est à 1600 m d'altitude, dans les plaines à bisons qui s'étendent à perte de vue, brûlées par le soleil ( il fait 32°), longées à 60 km à l'Ouest par les Rocheuses. Nous apercevons les premières antilocapres ( pronghorns), et les chiens de prairies qui creusent leurs galeries dans le bas-côté de la route. Nous allons retrouver ces petits rongeurs sur les talus de toutes les routes que nous suivrons.

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                                                            Sur le bord des routes, des centaines de chiens de prairie.

Après Wheatland, nous bifurquons à l'Est vers les collines couvertes de petits sapins, de genévriers et d'armoise. Nous ramassons chacun un gros bouquet de cette sauge des indiens, que nous ferons sécher le soir dans les chambres des motels. En plein midi, le village de Fort Laramie est désert, misérable et poussiéreux. Après une visite dans une petite brocante, et un casse-croûte sous les peupliers au bord de la North Platte River, nous visitons les restes du fort. De cet important comptoir, puis avant-poste militaire entre 1830 et 1890, il ne reste que quelques bâtiments restaurés et remeublés de quelques belles pièces anciennes. C'est là qu'il y 158 ans, à 12 jours près, fut signé le traité entre les USA et les nations indiennes.

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                                                                                                Fort Laramie.

En suivant la piste de l'Orégon vers l'Est, le paysage change: il est plus vallonné, avec des creeks plantés de peupliers et de petits pins. Nous passons au Nebraska  et traversons son parc d'état, avant Fort Robinson, où a été assassiné Crazy Horse. Sur le bord de la route, nous croisons les premiers indiens en train de cueillir de l'armoise: c'est donc le bon moment pour cela. L'après-midi chaud avec un petit vent agréable nous emmène à Chadron pour la nuit. Dans chaque localité, nous remarquons une quantité impressionnante d'églises de congrégations différentes, dont l'apparente richesse contraste avec la modestie de bon nombre d'habitations.

  -6 septembre: La serveuse qui nous sert le continental breakfast chez Helen's, a passé un an à Annecy... Nous sommes prêts pour la visite du Museum of Fur Trade, à la sortie de la ville: superbe collection privée sur l'Ouest et la traite des fourrures.

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                                                                             L'ancien trading post de Chadron.

La route vers le Sud-Dakota, traverse un paysage de forêts, dont certaines ont brûlé récemment. A Gordon, nous prenons plein Nord vers la réserve Sioux de Pine-Ridge, que nous abordons après un pique-nique debout à l'arrière de la voiture. La route déserte, file au milieu d'une plaine vallonnée et aride, écrasée de soleil et balayée par les vents: aucun signe de civilisation. Une piste poussiéreuse nous conduit à Wounded Knee , site du massacre des Sioux Mineconjou et Hunkpapa, par le 7ème de cavalerie, le 29 décembre 1890. Nous  gravissons la colline jusqu'au mémorial, où nous défaisons nos cheveux en signe de tristesse. Le moment est émouvant en faisant le tour du sanctuaire. Quelques natifs sont là pour renseigner les visiteurs. 

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                                                                              Le mémorial de Wounded Knee.

Sur un stand de bijouterie-souvenirs, au bord du parking, une vieille indienne nous confie qu'il y a un pow wow à Porcupine, à quelques kilomètres de là . Pourquoi nous dire cela seulement à nous? A côté de leur teint basané, nous ne sommes rien d'autre que des wasicu, des blancs de chez blanc!... C'est dimanche, et nous tentons l'aventure de faire le détour, pour découvrir un rassemblement de natifs prêts pour un concours de chants et danses traditionnels. Nous sommes les seuls blancs à déambuler sous les auvents circulaires, qui gardent musiciens et spectateurs à l'ombre, et cela n'a l'air de déranger personne: nous passons inaperçus. Nous nous apercevons que le fait d'être français nous facilitera les contacts. Même si les tenues sont fancy, nous sommes contents d'avoir passé une paire d'heures parmi eux.

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                                                        Les enfants dansent au pow wow de Porcupine.

En traversant la réserve, nous découvrons le quotidien des indiens. Les habitations sont pauvres, très souvent des vieux mobil-homes délabrés et rafistolés d'appentis, au milieu d'un tas de vieilleries, d'ordures, et de carcasses de voitures. Les habitants sont obèses pour la moitié, et leurs tenues sont souvent douteuses. Sur la route vers Oglala, toute droite jusqu'à l'horizon, nous captons une station de radio de Pine Ridge, qui diffuse de la musique indienne. Nous quittons les Badlands pour aborder le sud des Black Hills, où nous cherchons un motel à Hot Springs.

  -7 septembre: Après quelques courses, visite de Mammoth Site, une fouille paléontologique où, depuis 1974, 53 mammouths fossilisés ont déjà été extraits presque entiers, et aussi d'autres animaux de l'âge de glace. Arrêt brocante et ravitaillement, puis nous prenons la route du Black Hills National Park. Dans les champs le long de la 385 Nord, la vue des troupeaux de bisons nous laisse à chaque fois la mâchoire pendante. Et toujours des antilocapres, et des multitudes de chiens de prairies, assis sur leurs monticules de terre. Pour accéder au Custer State Park, nous prenons des petites routes sinueuses, parcourant les collines de pins, qui se transforment souvent en pistes. En découvrant une grande prairie entre les collines, nous imaginons un camp d'une cinquantaine de tipis, rassemblés au bord d'une rivière... Pique-nique au bord du lac Bismark, après nous être arrêtés devant la Glen Erin School, première petite école des Black Hills, construite en rondins au carrefour de nulle part, et ouverte par l'instituteur Fowler en 1882.

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                                                  Glen Erin School, la 1ère école dans la forêt des Blacks Hills.

Suivis par un nuage de poussière, nous arrivons à Custer-City, qui prétend avoir la plus large main street des Etats Unis. Après un tour dans les boutiques, nous montons au Mont Rushmore, pour dire qu'on y est allés. Nous n'approuvons pas particulièrement le délire d'un mégalomane qui a dépensé une fortune pour faire sculpter dans la roche à flanc de montagne, les portraits de 4 présidents ( Washington, Jefferson, Roosevelt et Lincoln), qu'il a appelés « founding fathers of America ». On rencontre un peu partout, une reproduction d'un jeune artiste , David C. Behrens, qui a peint le mont Rushmore, où il a ajouté en dessous les portraits des 4 grands chefs indiens Chef Joseph, Sitting Bull, Géronimo, et Red Cloud. avec cette légende: «  Original founding fathers ».

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                                                                         The Original Founding Fathers of América.

...A quelques kilomètres de là, le Crazy Horse Memorial, sculpture gigantesque du grand chef Lakota, symbolise tous les indiens d'Amérique du Nord. Commencé en 1948, il est loin d'être terminé.

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                                                                                     Crazy Horse Memorial

Un arrêt à Keystone nous déleste de quelques autres dollars dans les trading posts, et après avoir déguster un expresso ( ils sont assez rares!), nous prenons la route 16 vers Rapid City. 

  -8 septembre: Sur les conseils de notre ami commun Daniel Pirat, qui a écumé les états du Nord-Ouest pendant plusieurs années, nous avons décidé de rester trois nuits ici, pour visiter la région. C'est sous un ciel couvert, agité de vents insistants ( la température a baissé, il fait tout juste 20 °), que nous reprenons la route du Badlands N P. Avec la poussière des pistes et le demi million de sauterelles écrasées sur la calandre, notre belle Chevrolet de location ressemble de plus en plus à une voiture indienne...

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                                                                Un trading post paumé au milieu des Badlands.

Ces «  Mauvaises terres » portent bien leur nom: 60 km de paysages lunaires désolés, arides et incultes, c'est tout ce que l'état américain a laissé aux indiens. Une terre de marnes sableuses grises et blanches, battues par les vents, sans aucune utilité, où la seule richesse, l'uranium contenu dans le sous-sol, n'est pas exploitable: on est dans un parc national!

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                                                                                          Les Mauvaises Terres...

L'après-midi, nous sillonnons un dédale de falaises blanches, hantées par les vautours, les corbeaux, et les serpents à sonnette. Avant de rejoindre Rapid City, nous faisons le tour par la route des crêtes, puis traversons la plaine herbeuse où paissent les troupeaux de bisons, de dindes sauvages, d'antilopes et d'ânes.

  -9 septembre: Un tour en ville à Prairie Edge et Dakota Drums nous permet de constater que ces deux trading posts de luxe vendent cher des articles sans intérêt pour nous, un «  artisanat » moderne, d'un goût parfois douteux, et souvent mal fait.

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                                                     A chaque coin de rue du centre de Rapid City, une sculpture en bronze.

Nous entamons la tournée des Black Hills en retournant à Custer, pour acheter une peau de bison sur laquelle  j'avais bavé l'avant-veille. Gary et Janice Gruber tiennent la Claw, Antler and Hide Company, une caverne d'Ali Baba pour les indianistes que nous sommes, où l'on trouve à peu près tout le matériel de base pour notre passion. Nous devons trouver une place dans la voiture pour des blocs de catlinite à pipes, des cornes d'antilocapre, des morceaux de bois de cerf, des pointes de flèches en silex, des perles, des plumes de dindes, des bandes de cuir cru, etc...Prochain arrêt sur la piste Mickelson: Deadwood, fondée illégalement en 1874 sur un territoire indien, devint rapidement réputée pour ses bandits-manchots et ses maisons closes. En quelques années, la ville fut renommée pour ses prostituées mais aussi pour avoir été le théâtre du meurtre de Wild Bill Hicock et pour être le lieu de sépulture de Calamity Jane.

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                                      Au premier étage des bordels de Deadwood, les vitrines pour prostituées.

Une piste bordée de pins et de bouleaux nous mène à Bear Butte, montagne isolée au milieu de la plaine où paissent les bisons. Considérée comme un lieu sacré par les indiens des plaines qui l'appellent Mato Paha, « Montagne de l'Ours » en Sioux, Noahvose en Cheyenne, sa forme rappelle celle d'un ours couché. Le chef Crazy Horse y eut une vision en 1876, et aujourd'hui, ce lieu fait toujours l'objet de pèlerinages par les natifs. Notre journée se termine par Sturgis, ville des bikers du monde entier depuis 1927. Début août, elle accueille plus de 60 000 motards pour le rallye qui est devenu une tradition. Des campings géants sont aménagés, et la bière coule à flot. La musique n'est pas en reste avec de nombreux groupes qui s'y produisent chaque soir. Toutes les extravagances semblent permises et c'est parfois très chaud. Mais nous arrivons un mois trop tard...

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                                                Même hors saison, les bandes de motards font halte à Sturgis.

-10 septembre: En prenant vers le nord-ouest et la réserve Cheyenne, nous quittons le Sud Dakota pour le Wyoming. La monotonie de l'autoroute 90 qui relie Spearfish, Belle Fourche, Gillette et Buffalo, est rompue par la visite de Devil's Tower NM, rendu célèbre grâce au film «  Rencontres du 3ème type ». Ce cône magmatique tronqué s'élève à 386 m au-dessus des terres environnantes. De nombreuses tribus indiennes- Arapaho, Crow, Cheyenne, Kiowa, Lakota, et Shoshone- avaient des liens géographiques et culturels avec ce monolithe bien avant que les Européens et les premiers immigrants états-uniens n'atteignent le Wyoming.

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                                             Devil's Tower...

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                                                                                       ...et sa légende.

Il fait chaud, plus de 30°, nous renonçons à monter jusqu'au pied du monument. Dans la petite ville de Hulett, nous découvrons un minuscule musée privé sympathique, à la façade encombrée de cercueils et de crânes d'animaux, qui abrite quelques pièces intéressantes.

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                                                                              Le petit musée de Hulett.

Après Moorcroft, nous retrouvons la plaine infinie et les routes droites interminables. Un arrêt au bord de la route nous permet de compléter notre récolte d'armoise, puis nous dégustons notre première glace américaine à Gillette, ville de cow-boys. Le motel que nous trouvons à Buffalo est constitué de petites cabanes individuelles sympathiques.

 -11      11 septembre:  nous suivons l'ancien tracé de la piste Bozeman avec un arrêt au Fort Phil Kearney, et le champ de bataille de Wagon Box. Toute la région a été le théâtre de nombreuses guerres indiennes. Nous traversons un paysage beaucoup plus vert, avec des bouquets d'arbres, pour arriver à Sheridan. Le magnifique magasin pour cow-boys King's Saddlery, renferme un fantastique musée sur l'Ouest, dont plus de 800 selles anciennes, des objets usuels de l'histoire de la région, et de nombreuses pièces indiennes.

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                                                        La collection de selles à King's Sadelry de Sheridan.

              En route vers le Nord : le Montana et la réserve Crow où nous attendent au loin les Bighorn Mountains. En longeant la Little Bighorn River jusqu'à Garryowen, nous évitons de justesse un coyote couché sur la route. En fait, il est déjà mort, sans doute tapé par une voiture durant la nuit. Après la visite du Custer Battlefield Museum, nous parcourons à pied le site de la bataille de Little Bighorn, qui a vu la défaite et la mort de Georges Armstrong Custer le 25 juin 1876. Des stèles parsèment les prés alentours, marquant les endroits où sont tombés les soldats du 7ème de cavalerie, dont 8 français récemment débarqués en Amérique. Nous constatons avec satisfaction que des stèles de granit rose toutes neuves commémorent le sacrifice de guerriers Sioux et Cheyennes, tombés au combat ce jour là pour défendre leur mode de vie.

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                                                                             Une stèle à la mémoire des guerriers indiens.

 

               Un détour par Crow Agency nous permet de voir le site de la Crow Fair, cette grande fête qui réunit depuis 1904, le plus grand nombre d'autochtones nord-américains. Autour du 15 août, on peut assister à des parades, des rodéos, des danses, des courses et jeux de toutes sortes. Mais il s'agit plus d'une foire de comté que d'un vrai pow-wow ( Se reporter aux articles de mon ami Daniel Pirat qui y a assisté plusieurs fois). De toutes façons, là aussi, nous avons un mois de retard...Nous quittons le Montana en repassant la frontière du Wyoming, pour attaquer les Bighorn Mountains. La montagne est magnifique, avec des décrochements de roches marneuses qui surplomblent la route. Le Cutler Pass, col à 3200m nous dévoile un paysage de plus de 100 km jusqu'à l'horizon. Un arrêt à Medecine Wheel, cercle de pierres de 28 m de diamètre, sorte de « Stonehenge » des indiens, dont nous n'avons toujours pas la vraie signification. La descente vers Lovell, ville de mineurs, nous offre un superbe panorama sur le bassin des Bighorn. Nous sommes le 11 septembre, et tous les drapeaux sont en berne. D'ailleurs, depuis le début du voyage, nous sommes fascinés par la quantité de drapeaux américains qui flottent partout, toute l'année, même dans le « jardin » du plus miteux mobil-home...

 -12       12 septembre: Plein ouest vers le Yellowstone et le pays des Shoshones. Sur la route, le douzième sconse ( moufette) écrasé que nous croisons, embaume l'habitacle de la voiture, avant que nous ayons eu le temps de fermer les clapets d'aération. La ville de Cody, fondée par Buffalo Bill, abrite un magnifique musée composé de cinq sections remarquables sur les armes à feu, les Indiens des plaines, la faune et la flore de la région, des peintres américains et tout sur la vie de William Cody.

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                                                    Une des statues à l'extérieur du musée Cody.

               En longeant la North Fork River et Shoshone Canyon sur 20 km, nous suivons une vallée bordée de massifs volcaniques en arêtes, Absaroka Range, où coule la rivière bordée de sapins, bouleaux et trembles. Après Wapiti, où nous restons bouche bée dans un hangar bourré de peaux et de bois de cerfs et autres élans, nous entrons dans le Yellowstone N P.

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Un bus jaune du parc de Yellowstone.

 

              Les versants nord des montagnes sont couverts de forêts calcinées qui offrent un spectacle de désolation. Au sortir de la vallée, nous débouchons sur le lac Yellowstone, logé dans le cratère d'un volcan. Ses 32 km de long et 23 km de large en font le plus grand lac de montagne d'Amérique du Nord ( alt. 2357 m). Sur ses berges, quelques sources d'eau chaude à l'odeur de soufre, laissent échapper leurs fumerolles. En contournant le lac par le Nord, nous croisons des troupeaux de bisons dans les sous-bois, et un vieux solitaire qui remonte la route sur le bas-côté. Les grands corbeaux, eux non plus, ne craignent pas les voitures.

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                                                                            Un vieux Tatanka solitaire.

               Après un arrêt à Tower Falls, chute de la Tower Creek surplombée par les orgues basaltiques, nous arrivons à Mammoth, le centre touristique du parc. Un grand cerf broute calmement la pelouse d'un hôtel de luxe, suivi par son harem de biches. Nous repassons la limite du Montana tout proche à la recherche d'un motel pas trop cher. Nous trouvons enfin à nous loger, à la nuit tombée, et à nous restaurer dans un restaurant de Chico Hot Springs, où nous sommes servis par Pierre, un jeune parisien en stage linguistique, tout content d'entendre parler sa langue maternelle.

 -13       13 septembre: La température a baissé dans la nuit, la voiture est givrée sur le parking. Nous reprenons la route du Yellowstone, pour visiter le Norris Geyser Basin, et ses champs de sources d'eau chaude qui crachent des vapeurs soufrées. Le paysage est hallucinant de cascades blanches, jaunes et vertes, de fumeroles et de sapins pris dans des blocs qui ressemblent à du sel.

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                                                                                                Le bassin des geysers de Norris.

               On est dimanche, et il y beaucoup de touristes qui parcourent les chemins et les passerelles aménagés. En rejoignant le site de Mud Volcano ( volcan de boue), nous faisons une halte à la grande chute de la Yellowstone River. Elle plonge de 100m de haut dans son canyon, dont la couleur jaune des parois lui a donné son nom.

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                                                          La chute de la rivière Yellowstone.

              Une visite à Old Faithfull,( le Vieux Fidèle) , grand geyser qui crache une haute colonne d'eau surchauffée à près de 40 m vers le ciel, créant un spectacle naturel fascinant. Le phénomène se produisant environ toutes les heures, nous nous joignons aux 500 touristes qui attendent la prochaine éructation de la source bouillonnante.

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                                                A la sortie du parc, un troupeau de bisons imperturbables remonte la file des voitures.

             Nous quittons le parc par le Sud, en suivant la plaine de la Snake River bordée d'immenses champs d'armoise, longés par la Grand Teton Range, qui rappelle les Alpes. Avant de chercher une chambre à Jackson Hole, nous passons à l'aéroport, récupérer la valise de Simone, que la British Airways a retrouvée et envoyée ici...

           -14 septembre: Il a plu dans la nuit, et ce matin le ciel est bleu. Nous rebroussons chemin pour aller voir une vieille cabane de trappeur que nous avons loupé la veille: depuis le site perdu au milieu des sauges, nous profitons d'un paysage grandiose sur les Grand Teton au soleil du matin, parcourus à mi-hauteur par une bande de nuages blancs.

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                                                                  Les grands voyageurs devant la chaîne des Grand Teton.

               En traversant le pont de la Snake, nous avons la chance de voir un gros élan qui broute sur la berge. De retour en ville, nous faisons un tour des commerces: Jackson fait penser à une station de ski des Alpes, avec de beaux magasins chers. Sa grande place centrale est ornée aux 4 coins d'arches faites de centaines de bois de cerfs empilés. Nous quittons le Wyoming sous une petite averse, en suivant jusqu'à Alpine, puis en longeant le bord ouest de la Salt River Range. Un bel orage nous accueille dans l'Idaho. Sur les 60 prochains km, nous passons à Berne, Genève, Montpellier, et Paris... En suivant un tronçon de la piste de l'Orégon, nous longeons Bear Lake jusqu'à la limite de l'Utah. Dans Beaver Creek, nous apercevons des troncs de bouleaux rongés par les castors, mais pas de castors. Nous essuyons un deuxième orage avant d'arriver à Logan.

 -15       15 septembre: Il ne pleut pas, mais le ciel est couvert. Sur la route de Salt Lake City, qui suit des canyons interminables, nous imaginons le quotidien des pionniers qui en bavaient des jours et des jours dans ces contrées inconnues, sans savoir ce qu'ils trouveraient à l'arrivée. Nous arrivons dans la capitale des Mormons sous le soleil. Visite du Capitole, du grand temple, avec un petit tour en ville, sans plus.

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                                                             Devant le Capitole, un exemple du goût des américains pour le Kitch.

              Nous ne sommes pas attirés par les grandes villes modernes, et nous préférons aller nous perdre le long du grand lac, bordé au sud par d'immenses marais salants. A la marina où nous trouvons un coin pour casser la croûte, nous discutons avec un Navajo curieux qui parle quelques mots de français. Nous repartons vers l'est, pour passer les Monts Uinta et le David's Pass à 2600m. Nous rattrapons 2 orages dans la montagne, et constatons une fois de plus que les conducteurs de poids lourds conduisent comme des sauvages et ne respectent pas les limitations de vitesses. Les chauffeurs de ces magnifiques machines rutilantes, bardées de chromes, se prennent pour les rois du bitume: sur les routes de montagnes, ils nous poussent jusqu'à ce que nous nous mettions de côté pour les laisser passer, et sur les autoroutes, ils doublent en trombe, quand nous sommes nous-même à la limite de l'excès de vitesse.

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Une brochette de ces monstres de la route.


Dans la réserve Uinta ( Ute et Paiute), jusqu'à
Roosevelt, à part quelques petits sapins, tout le paysage est couvert de bouquets de sauge,
parmi lesquels divaguent des troupeaux de chevaux.

 

          - 16 septembre:Beau soleil frais ce matin, pour continuer vers l'est. A Vernal, une boutique vend de l'artisanat indien moderne et médiocre. Le Dinosaure NM est une carrière de grès d'où ont été extraits plus de 300 squelettes de dinosaures dont beaucoup pratiquement complets. Terrestres, aquatiques ou aériens, la collection de Dinosaur N M représente presque tous ceux qui ont vécu au cours d'une période de sept millions d'années. En nous promenant le long des falaises, nous repérons des pétroglyphes datant du peuplement Frémont ( 10 ème siècle). Au fond du vallon, la route s'achève au "homestead" de Josie Bassett, assemblage de plusieurs cabanes en rondins. Son mari construisit la première cabane et elle le chassa à coups de poêle quelques mois plus tard : il avait beau être le cinquième, elle ne voulait pas d'un ivrogne ! Elle avait divorcé des trois premiers, et d'aucuns l'accusèrent de s'être débarrassée du quatrième, un lendemain de réveillon, en mêlant de la strychnine à son whisky. Mais il n'y eut pas d'autopsie ! Le bâtiment actuel, réhabilité, date de quelques années plus tard. Il fallait, pour vivre ici, une force morale certaine et une grande capacité d'autonomie. Josie n'avait ni l'eau courante, ni l'électricité: elle resta pourtant seule ici près de cinquante ans, et mourut en 1964, à l'âge de 90 ans. Nous repassons dans l'état du Colorado et en redescendant vers le sud , nous essuyons un superbe orage de grêle d'un quart d'heure, avec de flamboyants éclairs qui zèbrent les montagnes. En remontant une vallée semi-aride, encadrée par les montagnes, et couverte de genévriers, pour franchir Douglas Pass (2800m), il y a la route, la ligne électrique, et le creek, sinon rien sur 120 km. Nous passons la nuit à Grand Junction.

        17septembre: Après la visite de Grand Junction Museum et de sa tour-panorama, nous rallions Colorado NM.  Un circuit de 30 km              parcourt un labyrinthe de canyons de grès allant du rouge au blanc, en passant par toutes les nuances d'ocre, jaune, beige. Des veines de porphyre marron foncé strient les falaises qui surplombent  les  thalwegs de 120m, au moins.  

                  

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                                                    Un des points de vue aménagés sur les pitons rocheux .

Nous repassons la frontière de l'Utah. Sur une petite route qui nous conduit vers Moab, nous nous arrêtons le long d'une voie ferrée, dont les anciennes traverses traînent sur la ballast. Après le passage d'un de ces interminables convois de marchandises ( 120 wagons et plus, tirés par 3 à 5 motrices) nous ramassons des clous de chemin de fer, en souvenir... Le plateau vallonné aride est cerné à 80 km dans les quatre directions, par les montagnes. La route plonge dans le canyon pour suivre la rivière Colorado. Vu d'en bas, le paysage est très différent: les falaises s'élèvent à pic à 150m. C'est un véritable paysage de western, avec les cheminées, les mesas, les pitons de grès rouge voilés de bleu. A Moab, nous entrons dans le pays des canyons, il y a beaucoup de touristes en ville, les chambres sont rares et chères.

  -18 septembre:la journée commence par le tour de Arches N P, qui offre un grand circuit dans un paysage de pitons, d'arches, de cheminées de roches rouges.

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                                                       Une vue classique de Arches NP

C'est aussi la région des cactus, des rapaces et des touristes, dont bon nombre de Français. Il y a bien sûr, beaucoup de touristes américains, qui se déplacent souvent dans d'immenses mobil-homes longs comme des bus, et tractant un 4X4, suivi parfois d'une remorque porte-moto...L'après-midi est consacré au Canyonlands N P. On a beau avoir vu ces paysages des dizaines de fois à la télé, en photo, ou dans des films, en vrai c'est époustouflant. L'énormité des falaises, le gouffre des canyons, l'immensité des paysages qui s'étendent autour de nous à 360°, nous rappellent à notre humilité face à la nature et à l'histoire de la terre. Nous arrivons à Blanding sous un ciel noir déchiré par les éclairs.

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                                                                Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin...

19 septembre: Il pleut depuis hier soir. C'est samedi, et nous allons à nouveau avoir du mal à trouver un motel ce soir. Nous décidons de nous éloigner de la zone touristique en prenant vers l'Est, et retournons au Colorado. Nous entrons dans la réserve Navajo par les Ute Mountains, un plateau désertique gris-beige, avec des villages misérables, garnis de pompes à pétrole, comme dans les films. La pluie cesse quand nous arrivons à Four Corners, le seul point des USA où se touchent quatre états: Colorado, Nouveau Mexique, Arizona, et Utah. A côté d'un monument kitsch à l'américaine, un marché indien propose des bimbeloteries fantaisie. Nous arrivons à discuter avec deux ou trois hommes qui font de l'artisanat pour touriste, mais les femmes sont plus réservées, et disent juste bonjour, souvent en Français quand elles apprennent d'où nous venons. Nous passons la rivière San Juan pour arriver à Cortez, où nous trouvons un motel. Il est encore tôt, et nous partons pour Mesa Verde.

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                                                   Tant qu'on y a pas été, on ne se rend pas compte...

 

En chemin, nous croisons un coyote qui déguste une charogne sur le bord de la route. Les incendies de 89 et 2003 ont dévasté des forêts entières de genévriers, en laissant un paysage désolé, vraiment triste à voir. Le site de Mesa Verde N P a été occupé entre les VIème et XIVème siècles par les indiens Anasazi, ancêtres des Pueblo, qui construisirent en grès et en mortier de terre, des bâtiments semi-troglodytes sous les falaises du canyon. Près de 600 habitations rupestres ont été recensées dans le parc, témoignage éloquent des anciennes traditions culturelles des tribus amérindiennes. Avec le troupeau de touristes, nous suivons le guide pour descendre dans le village sous la falaise. Le circuit du parc offre un panorama sur les canyons, avec les villages accrochés aux corniches de rochers. Nous poussons jusqu'à Durango, qui se présente comme une ville western ayant gardé son cachet « old ». Nous sommes plutôt déçus, par le cadre, et par les prix des restaurants... Retour à Cortez de nuit vers le motel.

-20 septembre: Un de nos fils nous ayant demandé de lui rapporter des jetons de casino en souvenir, nous entrons au Ute Mountains Casino de Cortez, à la sortie de la ville. Il est 9h du matin, et les machines à sous sont déjà prises d'assaut, en majorité par des indiens visiblement de basse condition. A la caisse, nous discutons avec une femme indienne qui attend son tour. Elle aussi connaît deux mots de français...

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                                                                        Encore un bel exemple kitsch...

Petite incursion au Nouveau Mexique, pour aller voir Shiprock, montagne sacrée des Navajos. Après avoir traversé un plateau désertique encadré de montagnes et de mesas, nous trouvons un chemin cahotique et incertain pour approcher le double piton volcanique haut de 550 m, planté au milieu de la plaine, et prolongé par une muraille de lave de 5 km de long. Bizarrement, il n'y a personne alentour, et aucune indication ni aménagement n'est prévu. Il semblerait que les indiens ne tiennent pas à voir des étrangers traîner dans le coin. Cap à l'Ouest vers l'Arizona et les nuages de pluie, par la vallée de Teec Nos Pos et Red Mesa. Nous retrouvons les grès rouges du sud de l'Utah tout proche. A Kayenta, nous faisons quelques achats dans une boutique de fournitures pour l'artisanat indien, où nous échangeons quelques mots en français ( si, si) avec une grand'mère navajo et sa petite-fille. Nous traversons une campagne aride parsemée d'un habitat dispersé fait d'un mobil-home affublé d'un appentis de vieilles planches. Alentour traînent quelques carcasses de voitures, une cabane en ruines, et souvent un faux hoggan en tôle ou en novopan.

 

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                                                                 Un exemple d'habitat rural courant de l'ouest.

 

De nombreux stands rudimentaires proposent de l'artisanat indien sur le bord de la route. Pour parcourir Monument Valley N P nous prenons notre place dans la file de voitures qui suit le circuit des mesas, dans un paysage de buttes rouges, et de labyrinthes ocres. La queue d'un orage nous gratifie d'un vent de sable rouge, et d'un magnifique arc en ciel sur fond de ciel plombé, au dessus de ce décor qui a servi dans tant de films et de publicités. A Mexican Hat, Georges peut enfin savourer un steak à son goût au steak-house grill tenu par un cow boy plus vrai que nature: d'après lui c'est le premier américain à savoir cuire la viande bleue.

 -21 septembre: Nous quittons la réserve Navajo pour monter sur le plateau: dénivelé 1200m. Arrêt à  « Gooseneck », méandre en W de la San Juan, au fond d'un canyon 500 m plus bas. Après une visite à Natural Bridges et Rainbow Bridge N M, nous longeons White Canyon sur 60 km sans rencontrer le moindre village, et passons la Dirty Devil River. Depuis quelques jours, nous naviguons entre les deux états pour aller d'un parc à l'autre. Après Hanksville, le long de la rivière Frémont, les falaises de grès conservent les pétroglyphes des plus anciens occupants de la région. Le paysage change: des collines bordées de marnes grises et blanches, saupoudrées de cacao. En sortant d'un parking, nous roulons sur un rattle snake qui somnole sur le bitume tiède. Je sors avec mon couteau pour récupérer sa sonnette, mais il n'est pas mort et reste très agressif: je renonce. Dans Capitol Reef NP,  les gigantesques falaises multicolores de 97 Km de long atteignent parfois plus de 200 mètres de hauteur, entrecoupée par de profonds canyons. Dans une région très sauvage car peu fréquentée, ce parc protège les spendeurs géologiques d'une faille tectonique de plus de 160 Km de longueur.

  -22 septembre:Torrey est à 2000m, il a fait froid cette nuit, à peine 3° ce matin: les prés givrent sous les arroseurs. Dans Boulder Mountains, nous retrouvons les montagnes arrondies peuplées de pins et de peupliers qui commencent à jaunir. Nous croisons deux cow-boys à cheval qui conduisent un troupeau de vaches. A Boulder, arrêt dans Anasazi S P, un ancien pueblo en cours de fouilles, avec un musée. Nous longeons une crête entre deux canyons jusqu'à Bryce Canyon NP, fantastique amphithéâtre en fer à cheval de 2 km de diamètre fait de flèches de roches blanches, roses et ocres en forme de termitières, où nous passons l'après-midi. Vers le soir, en quittant le parc, les cerfs-mulet sortent des bois et broutent sur le talus.

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                                                                                   Bryce Canyon.

 

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                                                 Panguitch, petite ville typique de l'Ouest, à 8h du matin.

 

  -23 septembre: visite au pawn shop de Panguitch avant de prendre la direction de Zion NP. Nous trouvons le même genre de paysage: un dédale de canyons aux rochers rouges et blancs comme des châteaux de sable, avec ici des stratifications entrecroisées, selon les périodes de sédimentations, les fissures et les fractures. Dans la réserve Paiute, Pipe Spring NM est un ancien fort de pionniers mormons qui se sont installés dans cette vallée-oasis au milieu du désert. La ville de Kanab, surnommée « Little Hollywood », a vu passer bon nombre d'acteurs venus tourner des films dans la région, et le Parry Lodge Motel affiche les photos de ses visiteurs illustres.

 -24septembre: Sur la route pour Grand Canyon NP, nous doublons une vieille Ford T. Nous nous garons sur le bas-côté pour la prendre en photo, et elle s'arrête aussi. Discussion avec le chauffeur qui nous invite chez lui voir sa collection. Quelques km plus loin nous découvrons  dans sa propriété, une dizaine de Ford T dont certaines en cours de restauration.

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                                                                   Les belles Ford T de Rattler Olsen.

 

De retour en Arizona, nous entamons 40 km de plateau aride, parsemé de petits genévriers et de sauges, le «  chaparral », barré au nord par les Vermillon Cliffs. Après Jacob Lake, nous entrons dans Grand Canyon NP ( rive nord), au milieu des pins et des trembles incendiés. Quand elle n'est pas calcinée, la forêt est magnifique. Le panorama depuis la rive nord du Grand Canyon du Colorado offre un spectacle fabuleux: un gouffre de 29 km de large sur 1,5 km de profondeur!

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                                                             le Grand Canon vu depuis la rive Nord.

 

Renseignements pris, nous renonçons à aller à Skywalk, cette passerelle de verre qui surplombe le canyon: il faut compter 80 $ par personne, pour l'entrée, la navette et la passerelle! Sympas les indiens Hualapai, et bons commerçants... Nous remontons jusqu'aux Navajo Mountains, à 130 km à l'est, pour passer de l'autre côté du canyon, sur le Navajo Bridge, et entrons dans la réserve. A l'aéroport de Page, Georges et Simone, qui pensaient pouvoir faire un tour en avion avec un instructeur au dessus du canyon, sont un peu déçus: depuis les attentats du 11 septembre 2001, Georges aurait dû faire valider sa licence de pilote par les USA pour pouvoir piloter lui-même, et il n'y a pas pensé...

 -25 septembre: la chaleur est revenue. Nous allons faire un tour au barrage de Glen Canyon, qui retient l'eau du Colorado, pour former le Lac Powell. Visite guidée en navette 4X4 à Antelope Canyon, un labyrinthe de 2m de large, sur près de 200m de long, fait de gorges étroites, de grottes et de goulets, creusés dans le grès rose par les eaux du fleuve, et dont les parois font penser aux voiles d'un bateau dans le vent.

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                                                            Le labyrinthe d'Antelope Canyon.

 

De retour à Page, nous écumons les trading-posts, et assistons à une parade des associations et écoles de la ville. Contrairement aux indiens du Nord, les Navajo des villes s'en tirent plutôt bien: ils ont le sens du commerce et savent profiter du système. Beaucoup roulent dans de gros 4X4 flambants neufs, et ils habitent des pavillons assez coquets à l'américaine. En fin d'après-midi, nous allons voir Horseshoe Bend, un méandre du Colorado en forme de fer à cheval, au fond d'une gorge abrupte de plusieurs centaines de mètres. En suivant un sentier de sable rouge sur un bon kilomètre, on arrive au bord de la falaise, qui surplombe le fleuve vert émeraude. Une colonie de vautours-dinde tournoie au dessus du gouffre, et va se percher de temps en temps sur les branches des pins en contrebas de la corniche. Nous réalisons, que nous n'avons pas encore vu d'aigle. Renseignements pris, ils seraient de plus en plus rares...

 -26 septembre: Nous partons vers le sud pour voir le Grand Canyon depuis son autre rive, sous un ciel uniformément bleu. Le désert navajo est parsemé de groupes de mobil-homes et de vieilles voitures. Le spectacle du canyon est à peu près le même qu'il y a deux jours, mais vu de la rive sud, donc d'un angle différent. A Valle, arrêt incontournable pour notre pilote, à un musée de l'aviation qui présente une belle collection d'anciens appareils remis en état.

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                                                                    Un des avions du musée de Valle.

 

 

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A Williams, nous rejoignons la fameuse Route 66, qui reliait Chicago à Los Angeles sur 4000km. Aujourd'hui, l'autoroute 40 suit son tracé, mais il reste des tronçons de la route mythique, qui se développent de plus en plus au tourisme. D'ailleurs des initiatives privées s'y emploient, tel ce groupe folklo de reconstitueurs visiblement très portés sur la bouteille, dont les membres aux tenues très approximatives, tirent un coup de canon tous les samedis soir, avant de défiler dans la rue principale. Et bizarrement, ils ont pas mal de succès!

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                                                          Les branquignols de la reconstitution...

 

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                                                                    Un ancien garage reconverti en restaurant.

 

Nous commandons notre dîner dans un restaurant aménagé dans un ancien garage, qui a gardé les soubassement en tôle ondulée, les néons, les vieilles pompes à essence et les panneaux de signalisation.

 -27 septembre: Sur la route de Flagstaff, nous faisons un crochet par Sedona, lieu de villégiature des californiens friqués et branchés. A la sortie de la ville, nous tombons sur un trading-post miteux, qui se révèle une mine fantastique de matériel pour notre passion. Comme à Custer, nous bavons devant les objets d'artisanat indien, les perles, les peaux, crânes, bois, dents, os, plumes... « If I were a rich man, dabadabada... »

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                                                                   On n'aurait jamais dû entrer là-dedans!

 

La larme à l'oeil, nous reprenons la voiture  pour Flagstaff et son Museum of Northern Arizona. Un autre crochet vers Sunset Crater Volcano NM , série de volcans dont les dernières éruptions se sont produites vers 1100 après JC, et ses coulées de lave et de cendres figées en collines noires comme des tas de macadam plantés de petits pins, et qui s'étalent sur 50 km. Plus loin vers le Nord, le site archéologique de Wupatki NM conserve des ruines Anasazi.

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                                                                      Un livreur Navajo de Coca-cola  à Flagstaff.

-28 septembre: Nous quittons Winslow pour Meteor Crater, un impact d'une météorite d'environ 45 m de diamètre. Il y a 50 000 ans, elle a creusé un bol de 1,4 km de large pour 190 m de profondeur! Nous filons à travers un plateau de 150km, désertique et balayé par les vents, vers la réserve Hopi et ses trois mesas, enclavées dans le réserve Navajo. A Hotvilla, dans un trading-post minable, le patron Hopi qui peint et fabrique des objets et des Kachinas pour touristes, nous explique leurs significations et nous joue de la flûte. Nous montons sur la 3ème mesa, vers Oraibi, le plus haut village pueblo habité des USA. Nous redescendons vers Winslow par la 2ème puis la première mesa, un peu déçus de l'attitude des Hopi: ils interdisent l'entrée des villages anciens aux touristes, sauf contre un droit d'entrée non négligeable. Et tout à coup, alors que nous nous éloignons vers Winslow, on entend dans l'autoradio diffusant une station américaine, la voix de Maxime Leforestier qui chante « San Francisco ». Petite consolation...

D'ailleurs, de manière générale, nous nous demandons comment les Etats-Unis peuvent se réclamer le pays de la liberté, alors que partout nous rencontrons des panneaux nous interdisant de manger, boire, chasser, pisser, porter des armes, photographier, jeter des détritus, faire demi-tour, être en short, dépasser 25 miles à l'heure ( 38 km/h!) sur 300m hors agglomération sans raison apparente...etc... Et plus fort: certains panneaux nous invitent franchement à la délation, si nous voyons quelqu'un faire quelque chose d'interdit!

 -29 septembre: Nous reprenons la route 66 vers Holbrook à l'est. Petrified Forest NP propose un circuit à pied au milieu d'une des plus grandes concentrations au monde d'arbres pétrifiés et la plus colorée, datant de 220 millions d'années. En remontant au Nord, nous accédons au Canyon de Chelly NM, célèbre décor de nombreux westerns. Les falaises rouges surplombent de 300 m une vallée verdoyante qui fut occupée par les Anasazi jusqu'au 14 ème siècle. Elles abritent des constructions en partie troglodytes, tout le long du canyon en Y. Les Navajos occupent le site depuis 1700 environ. Nous rejoignons la 66 et Gallup pour la nuit.

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                                       Classique mais incontournable, le fameux Canyon de Chelly.

-30 septembre: Après un passage au casino de Gallup, nous n'arrivons pas à ressortir de Richardson's Trading, le plus vieux trading-post du Nouveau Mexique, tant il y a de choses à voir: entre autres une collection impressionnante de bijoux Navajo et Zuni, des poteries, des tonnes de turquoises, des couvertures, des peaux de toutes sortes et un bison blanc empaillé. Le long de la rue s'alignent des dizaines de boutiques à touristes. Nous prenons la route du sud vers la réserve Zuni, sous un vent de sable rouge, dont les rafales à 80 km/h font rouler les buissons sur la route, comme dans les films ( Depuis le temps que Fabienne attendait de voir ça...).

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                                                  On trouve ce genre de panneaux partout où il y a un risque d'incendie.

 

Nous faisons le tour de Zuni Pueblo, village paumé et plutôt bordélique: les maisons sont peu entretenues, les fours à  pain dans les cours sont souvent cassés, un tas de vieilleries traînent autour des habitations, comme dit Georges, ça fait assez «  charafi »... Comme chez les Hopis, les visiteurs n'ont pas l'air d'être les bienvenus: les photos sont interdites et pour visiter le moindre site vaguement intéressant, il faut payer un guide, quand on le trouve. Un peu déçus, nous repartons vers El Moro NM, roche verticale au milieu de rien, où tous ceux qui sont passés par là depuis 5 siècles, ont inscrit leur nom dans le grès, depuis les anciens Pueblos, jusqu'aux voyageurs américains, en passant par les conquistadors espagnols. Plus loin, nous découvrons El Malpais NM, avec ses  coulées de lave, ses cônes de scories, ses crêtes de pression et ses tubes de lave complexes qui dominent le paysage, et aussi des ruines préhistoriques, cairns anciens, et structures de pierre. En plein milieu de la route, un rattle snake se réchauffe au soleil. Nous nous arrêtons pour attendre qu'il se fasse aplatir par un des camions qui passent à toute allure à côté de lui, mais il finit par rejoindre le talus où il disparaît dans les herbes sèches.

  -1er octobre: En quittant Grants, nous faisons un détour par la réserve Acoma, le lieu le plus ancien habité aux Etats-Unis. La visite du pueblo est payante ici aussi ( 20 $ par tête, s'il vous plaît), et les photos sont interdites: on laisse tomber. Nous reprenons la high way 40 ( historic 66) pour Albuquerque, la plus grande ville de l'état.

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                                                           Une vieille chapelle restaurée dans Albuquerque.

 

 

En ville nous visitons le Indian Pueblo Cultural Center, la vieille ville espagnole avec ses anciennes maisons typiques restaurées et la plaza ombragée avec son kiosque au centre, les vieilles églises, les rues étroites aux trottoirs couverts, et toutes ces couleurs et ces odeurs qui rappellent que le Mexique n'est pas loin. Nous dénichons dans une arrière-cour un minuscule restaurant français, «  La crêpe Michel », où nous faisons une orgie de pain, du vrai, avec des terrines et du pâté de foie faits maison, des saucissons, des fromages importés de France, arrosés d'un bon verre de rouge, pour nous faire un peu oublier la cuisine américaine qui commence à nous lasser sévère. Il y a beaucoup de touristes, et ce week-end est organisée la concentration annuelle de montgolfières ( + de 200). Nous décidons de prendre une chambre pour deux nuits.

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                                                            Le road runner, c'est le Bip-Bip des BD, poursuivi par le coyote.

 

-2 octobre: Sur les conseils de Marie-Paule, du resto d'hier, nous prenons le Railroad Runner, qui relie Albuquerque à Santa Fé à 90 km, sur l'ancienne ligne de chemin de fer. Les parkings sont chers et bondés, et une journée sans voiture depuis 1 mois ne nous fera pas de mal. Nous découvrons la petite soeur d'Albuquerque, qui est pourtant la capitale de l'état. Très touristique également, elle est bâtie sur le même principe, une plaza très animée, entourée de rues étroites, avec des belles maisons espagnoles restaurées. Nous visitons l'ancien palais du gouverneur et plusieurs musées, faisons le tour de la plaza, avec ses patios, ses boutiques et les étals des indiens sous les arcades. Après une repas "italien" que j'offre à mes compagnons pour mes 60 ans, une visite au « Morning Star Gallery » s'impose, que nous trouvons dans le quartier chic des galeries d'art. Que de belles pièces amérindiennes authentiques dans les vitrines, et les tiroirs qu'on nous ouvre exceptionnellement. Et encore une fois: Ah si j'étais riche...

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                                                                                      Les marchands indiens installés sous les arcades de la plazza.

 

-3 octobre: En suivant le Rio Grande vers le Nord, nous voyons s'envoler des dizaines de ballons qui participent à la grande « Balloon Fair » annuelle. Après avoir lâché l'autoroute de Santa Fé vers Pueblo Jemez et Cuba, nous traversons de minuscules réserves: «San Felipe, Santa Ana, Jemez, Santo Domingo, Zia... ».Une piste poussiéreuse sur 50 km nous amène à La Cuena, par un col à 1500m, dans une forêt de pins et de trembles jaunis. A Bandelier NM un circuit pédestre fait le tour d'une vallée verdoyante entre deux falaises de cendres volcaniques ( tuf), où les anciens Pueblos ont aménagé des maisons le long des cavités creusées par les eaux d'infiltration et construit un village circulaire, aujourd'hui en ruines. Rapide passage à Los Alamos, centre de recherche nucléaire pendant la deuxième guerre mondiale.

 -4 octobre: Nous décidons de rester 2 jours à Taos, pour souffler un peu et prendre le temps de visiter les alentours.

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                                                                                           Le coeur de la Iglesia de San Francisco de Asis, à Taos.

Pour entrer dans l'église, nous devons attendre la fin de la messe dans une boutique de la rue, où nous avons trouvé des vieilles gravures, des bouquins, quelques bricoles anciennes, et... une sonnette de rattle snake! A l'autre bout de la ville, l'»Hacienda de los Martinez Museum», construite entièrement en adobe rouge en 1804, garde le souvenir de ses occupants et de leur vie quotidienne. Promenade dans Taos, la ville magique du Nouveau Mexique qui offre un mélange des cultures indienne, hispanique et américaine. La maison où vécut Kit Carson est transformée en musée. A l'extérieur de la ville, Taos Pueblo est un genre d'éco-musée, dont une partie encore habitée est inaccessible. C'est un ancien village pueblo, dont les maisons empilées et reliées par des échelles, a été restauré pour les visites, payantes évidemment.

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                                                        PuebloTaos, un ancien village restauré.

 

 -5 octobre: Un arrêt s'impose au Rio Grande Gorge Bridge, ce pont  métallique impressionnant qui enjambe la gorge à 200m au-dessus du fleuve, et qu'on sent bouger au vent, ou quand un camion le traverse. En remontant vers le nord, nous trouvons la pluie dans les montagnes. Sur l'autre versant, nous suivons une petite vallée encaissée, peuplée de pins, de trembles jaunis, et de quelques chênes déjà bruns, avec un torrent qui coule dans le fond. On aimerait voir un ours surgir des bois, mais...A Cimarron, sur la piste de Santa Fé, nous achetons dans une boutique de fournitures pour cow-boys, des jeans Levi Strauss 501 violets, comme dans notre jeunesse, à un prix dérisoire. Encore une place à trouver dans les bagages. Sur la steppe infinie qui borde la route, nous rencontrons un troupeau de bisons, au moins 300 têtes, qui s'étire jusqu'au pied de la montagne. Et de l'autre côté, une brochette d'antilocapres broute tranquillement. Il faut dire qu'on n'a pas vu beaucoup de voitures depuis un bon moment dans le secteur. Au croisement de deux routes, au milieu de nulle part, la terrasse en plein vent de Colfax Tavern, un bistro fermé, nous accueille pour le pique-nique de midi.

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                                                                                 Un de ces nombreux bistrots isolés au bord d'une route,

                                                                                                 parfois affublé d'une incertaine pompe à essence.

 

Au loin, un cerf surveille son harem de femelles. Nous rejoignons l'état du Colorado par la Santa Fé Trail, à Trinidad. Depuis la route qui mène à  Alamosa, nous apercevons la première neige poudreuse qui blanchit les versants nord-est des Rocheuses.

 -6 octobre: Il a fait froid cette nuit, les voitures sont givrées sur le parking du motel, et les sommets des Montagnes Rocheuses sont tout blancs. On remonte le plateau de 60 km de large entre les montagnes, il n'y a pas un arbre, pas une habitation en vue. Nous faisons une centaine de km vers le nord sur une route rectiligne, où nous croisons une voiture tous les quarts d'heure et encore. Great Sand Dunes N P, situé dans le sud du Colorado,  combine différents paysages: façonnées par le vent sur 20 km de long, les dunes de sable les plus hautes d’Amérique du Nord s’élèvent à près de 230 mètres, le long du versant de toundra alpine des montagnes rocailleuses Sangre de Cristo. Ce parc englobe également des lacs, six sommets de plus de 3 900 mètres, des forêts d’épicéas et de peupliers, ainsi que d’immenses prairies. Avant d'arriver à Colorado Springs, le Florissant Fossil Beds NM est un des gisements de fossiles les plus riches et les plus diversifiés dans le monde, (qu'ils disent...) Il renferme des souches de séquoias pétrifiés larges de plus de 5 mètres et  des milliers de fossiles d'insectes et de plantes révèlent la préhistoire du Colorado.

  -7 octobre: c'est le dernier jour de route, et ça sent l'écurie: nous retrouvons Denver sous la pluie. L'après-midi est consacré à un dernier tour en ville, et nous nous offrons enfin notre premier vrai hamburger américain au restaurant de l'hôtel. Le lendemain, nous rendons sans regret la voiture à Mr Alamo et nous nous installons dans les fauteuils de l'aéroport, pour attendre 20h15, l'heure du décollage de notre avion.

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  Pour passer le temps en attendant l'avion, Georges se fait cirer les pompes.

A 16h30, par les baies vitrées du hall de départ, nous voyons tomber les premiers flocons de neige. Nous sommes déjà installés dans nos sièges,  quand une demi-heure avant de décoller, les techniciens doivent dégivrer l'avion au glycol...

Texte de Jean-Marie Renoir- Photos de Georges Kouyoumontzakis