Depuis un an que je suis à la retraite, je me suis abonné au journal lAlsace. Avant, comme beaucoup, 

je le feuilletais au travail, pendant la pause. Hier matin, j’ai dû partir tôt et je n’ai pas eu le temps de lire 

les nouvelles après le petit déjeuner. J’ai donc attrapé mon journal que le porteur venait de déposer 

dans le tuyau à côté de ma boîte aux lettres, et je l’ai jeté sur le siège passager. Dans un virage,

 il est tombé et s’est dépilé, et j’ai eu une révélation. 

Cette odeur…cette odeur que je reconnais tous les matins sans arriver à l’identifier…cette odeur 

m’a ramené 50 ans en arrière, quand avec mes 3 frères et sœurs, nous descendions les deux étages du vieil escalier

 de bois pour partir à l’école. Cette odeur flottait dans l’air, l’odeur de l’encre d’imprimerie, que

 notre voisin du dessous avait laissée dans l’escalier, en rentrant de son travail de nuit .

Le « Paul du dessous », comme l’appelait ma mère, était typographe ou imprimeur, je ne sais plus,

 au journal l’Alsace. Il nous intimidait , quand nous le croisions par hasard dans l’escalier, un jour

 qu’il ne travaillait pas. Il ne parlait pas beaucoup, peut être un peu irrité de nous avoir entendu 

courir au dessus de  sa tête une partie de la matinée, alors qu’ il aurait bien voulu dormir… "Moins de bruit ! répétait ma mère, il y a le Paul du dessous qui dort… "

Le « Paul qui dort », c’est ainsi que nous, enfants l’avions baptisé, et c’est à lui que ce journal 

me fait penser tous les matins depuis un an…Pourquoi seulement maintenant ? Sans doute parce

 que c’est moi qui ouvre mon journal, et que l’odeur de l’encre  emprisonnée entre les pages,

 n’a pas encore pu se dissoudre dans l’air.

Il en faut si peu parfois, pour vous ramener au temps béni du paradis de l’enfance…

 

JMR 25/06/07