Quelques textes de sa composition, que j'ai retrouvés dans un tiroir après sa mort. Elle nous avait déjà parlé de certains de ces souvenirs, à nous ses enfants, mais jamais avec autant de détails. Au début, c'était surtout pour entretenir sa mémoire, et c'est vite devenu un plaisir d'écrire, même si l'écriture des derniers textes devenait hésitante, et même parfois difficile à lire, tant Mr Parkinson lui faisait trembler les mains...

03 décembre 2008

La gale.

Cette chanson a été composée par les soeurs Buchin, Lucette et Anne-Marie ( que tout le monde appelait Nanette), en réaction contre cette maladie parasitaire qui a affligé les petites gens à la fin de la guerre. Ma mère nous l'a souvent chantée quand on était gamins, mais je ne me rappelle plus l'air. Dommage... 11 février 2009: Mon frère vient de me dire que ces paroles se chantaient sur l'air de " J'aime les bananes", écrite par Ray Ventura en 1936. Ma soeur a la gale             ... [Lire la suite]

02 décembre 2008

La tarte. ( Amiens 1950.)

Chaque matin elle descend de sa mansarde jusque dans la courette, derrière la maison. Bandeaux de cheveux noir corbeau, maintenus par une natte tressée en auréole, le visage jauni par les nuits de veille, les yeux sombres, tristes, aux paupières déjà flétries, la bouche amère qui sait pourtant éclater de rire, la môme fait craquer de son pas pressé les marches de bois de l'escalier en colimaçon. Chaque matin, je la vois passer, telle une fresque égyptienne, tête de profil, corps de face, le bras replié en avant, la main en plateau... [Lire la suite]
02 décembre 2008

Le père Lacope.

Ce texte doit être le dernier que ma mère ait écrit, quand elle avait déjà la maladie de Parkinson. Il est d'une toute petite écriture saccadée en pattes de mouches, qui remonte en fin de ligne, et il est tout de travers eu bas de la page,à tel point que j'ai eu parfois du mal à le déchiffrer. Souvent en faction en face de chez nous, il guettait les fillettes d'un oeil coquin, sous la visière grasse de sa vieille caquette. L'autre oeil restait presque toujours fermé. Sous sa moustache grise, je voyais remuer une petite tige de... [Lire la suite]
01 décembre 2008

C'est le jour de foire!

Tous les premiers lundis du mois, la foire se tient le long de la rue de la République. Je suis toute excitée. Je sais que maman m'y emmènera après la classe. La première sortie de l'école attendra l'autre sous le porche. Maman me prend par la main, et nous partons.Les stands des forains sont alignés de chaque côté de la rue. Que de choses! Que de monde! Les paysans de la montagne s'interpellent, les marchands lancent leurs appels à gorge déployée: " Voyez! Ma p'tite dame! Mes jolies robes, mes beaux gilets! Achetez,... [Lire la suite]
01 décembre 2008

Chez la grand'mère du Fied( 1930-32)

Nous nous trouvons tous réunis pour quelques jours de vacances, au " Coin du dessus". Pourquoi tous? Chez cette grand'mère très nerveuse, vite agacée par un changement dans ses habitudes de vieille femme solitaire? La Lucie, l'autre grand'mère de nos cousins est-elle absente du " coin du bas"? Je ne le saurai jamais... Donc, nous sommes tous là, les deux familles, ma tante Hortense, soeur de maman, l'oncle Henri, si beau que je rêve de me marier avec lui quand je serai grande, notre cousine Madeleine mon aînée de 3... [Lire la suite]
28 novembre 2008

La Ozo. ( elle s'appelait Loiseau)

Je n'ai pas encore l'âge d'aller à la maternelle. C'est avec la " Ozo", qui me garde, que je passe mes journées.Elle me fait des bulles de savon en plongeant ses mains dans la mousse de la lessive, et souffle entre ses doigts. Des bulles dorées, vertes et roses s'échappent de temps en temps de sa main rougie. Elle rit autant que moi. Je l'aime.L'après-midi, s'il fait beau, elle m'emmène promener sur la route du cimetière, ou sur le chemin de la " plaine". Elle me fait goûter aux mûres, à l'oseille sauvage,... [Lire la suite]
28 novembre 2008

Mes premiers souvenirs.(1926-1928)

Je dois avoir 18 mois, 2 ans peut-être. Je suis couchée sur le dos, la tête à la renverse, sur les genoux de maman. Je vois la cuisine à l'envers. Maman me tient les jambes en l'air, par les pieds, et je sens le gant de toilette humide, chaud et savoureux me frotter énergiquement les fesses, puis le bas-ventre. Je trouve cela agréable.Puis elle me frictionne vivement avec une serviette chaude...Plus tard, c'est le soir, après le souper, nous restons ensemble autour de la table, sous la lampe. Maman nous a donné comme dessert, à ma... [Lire la suite]